Hommage à une femme exceptionnelle

Brevet de toutes les souffrances

311,9 kms: DONE, comme le veut l’expression du jour. 2e brevet de qualification réussi, et essentiel à ce que je n’annule pas billets d’avion, hôtels et préinscription au Paris-Brest-Paris 2015.

Des 4 brevets obligatoires à la participation au PBP, il nous en reste 2 à réussir afin que nos préinscriptions se transforment en inscriptions officielles autorisées par l’Audax Club Parisien responsable de l’homologation mondiale de quelques 5,000 personnes venant défier le PBP chaque 4 ans.

Le 400 kms défilera sous mes pneus d’ici quelques jours, suivi du parfois craint, mais toujours respecté 600 kms et ses quelques 5,000 m de dénivelé à Lac-Mégantic… eeee, y a pas de plat dans ce coin-là.

Humilité et modestie face à ces monstres d’endurance; je poursuis mon entraînement c’est certain… mais le repos solide est inclus dans le programme aussi!

Car ce 300 kms de samedi dernier, hum… 312 en fait, fut le plus difficile de tous mes brevets de ma jeune carrière ‘d’ultra distanceux’ depuis 2013. Et je l’ai déjà fait 4 fois ce foutu brevet de 300, je sais un peu à quoi m’en tenir…

Mais quelqu’un a fait LA différence pour moi durant cette épreuve…

bike de MC après 312 bornes - une vraie...
bike de MC après 312 bornes – une vraie…

Je ne suis pas le plus fort du club, loin de là, et je n’aspire pas à le devenir non plus. Mais, 3 ans de durs entraînements m’ont amené à un niveau de forme physique et de préparation mentale que je n’aurais jamais pensé être capable d’atteindre à l’âge de 51 ans. L’être humain est ainsi fait; surprenant et résiliant devant les défis et l’adversité. Motivé et capable de tout avec le bon coaching et de la détermination. Émerveillé devant la beauté de l’entraide entre une bande de joyeux et joyeuses mongoles durant ces périples toujours remplis de surprises.

Un compte à rebours c’était déclenché il y a une semaine et demie de ça sans que je ne m’en aperçoive vraiment. Des allergies coriaces m’affligeaient depuis plusieurs jours; manque de sommeil et beaucoup d’énergie à combattre toute la merde verte éjectée des arbres qui rentrait par tous les pores de ma maison. Sans compter la poussière crachée par les systèmes de ventilation du boulot; tout fiers de reprendre du service à l’air frette après cet hiver à nous envelopper d’un souffle chaud et douillet.

J’arrosai le tout jeudi soir avec une crise d’allergie d’enfer me faisant littéralement passer une nuit blanche, en plus de manquer une demie-journée au travail vendredi. Vendredi… la veille de mon départ du 300 aux aurores.

Un bon collègue à moi et adepte des mêmes conneries extrêmes que je fais à vélo m’avait dit un truc super important. Lui, son sport extrême c’est à la course à pied… Le mec fait des ultra-marathons, ça c’est 3 full marathons back à back en quelque 12 heures… On se comprend lui et moi… allez savoir quel département de l’asile nous accueillera à nos 90 ans; l’un à pédale, l’autre en marchette !

En té ka, ce bon chum à moi, Alex, m’avait dit: tu sais Yves tes allergies et ta nuit blanche jeudi soir, n’oublie pas. C’est l’avant-veille d’une épreuve d’ultra distance que ton sommeil est le plus important. Je me rappelle lui avoir répondu quelque chose du genre: ouais ouais Alex, j’ai dormi trois heures vendredi matin et je suis rentré au boulot à midi. Je devrais être correct pour mon départ samedi matin 6 am.

Ça à l’air que non !

Seulement après 90 kms de ce départ fatidique, je voyais déjà les mètres me distancier des packs de cyclistes que j’ai l’habitude de suivre et de prendre les relais au devant quand le vent nous donne toute une raclée.

Pas cette fois, non que non

J’ai pris l’habitude de regarder mon pouls sur mon Garmin, le reste je m’en fou; je ne regarde plus ni km/heures, ni cadence, ni wattage, ni kms parcourus… Juste l’heure de temps en temps et mon battement de coeur, car c’est cela qui fait foi de tout et qui m’indique quand je roule dans le rouge et que je m’enligne pour manquer de jus. C’est un des plus beaux conseils qu’un grand cycliste m’a donnés. Alain Perreault me l’a montré une fois à Cuba… ça ne m’a plus jamais quitté, merci Alain.

Ça ne te donne rien de te remonter les bretelles en constatant 45 km/h sur ton Garmin quand tu as un vent de 30 km/h dans le dos et que ça fait 30 minutes que tu moulines dans un peloton qui se défonce comme au Tour de France.

Mais ça parle en maudit quand tu changes de direction et que le vent devient soudain latéral et que tu te dis que 30 km/h devrait être bon à maintenir avec le reste de ta gang d’illuminés, mais… mais… si ton ti-coeur te dit au même moment que tu pompes les 30 km/h à 170 battements par minutes et que tout à l’heure tu carburais à 45 km/h avec un pouls de euhh… 140 battements? Ben à 170, à 51 ans… tu ne vas pas maintenir ce rythme pendant 3 heures steady; en tout cas pas moi !

Alors ce pouls, hein? C’était quoi le problème?

Cette fois, mon pouls me révéla quelque chose qui ne m’était jamais arrivé auparavant durant des épreuves d’endurance. J’étais à quelques 120 pulsations par minutes, ce qui pour moi est un effort très relaxe, genre je me balade sur le canal Lachine en comptant les paquerettes et je fais des tatas aux bambins dans les poussettes.

J’étais dans une zone d’effort des plus faciles pour moi, mais quand j’essayais de rejoindre le peloton qui me clenchait de plus en plus… j’en étais i.n.c.a.p.a.b.l.e.! J’avais beau mouliner en danseuse, me donner à fond, j’étais au max de l’énergie que je pouvais donner. Mon coeur était ready je le savais pouvoir en prendre dans la gueule beaucoup plus que ça, mais pouètttttte; 120 était mon max… pas de jus, pas de jambes, pas rien… néant, zéro pis une barre.

Une barre de plomb

Ma blonde, notre Marie nationale, notre force de la nature en pleine montée dans son entraînement vient me rejoindre. Car, elle, elle est dans le pack en avant.

« Parle-moi mon chum, qué passa? Té blanc vert, y a de quoi que tu ne digères pas bien? Mal aux jambes? Problème mécanique sur le bike? »

Je suis triste de lui dire que ce n’est rien de cela, aucune douleur musculaire, je suis certainement tanné de manger des barres Cliff aux 20 minutes et de clencher 3 zillions de litres d’électrolytes au kilomètre, mais non… pas de bobos… juste PAS de jus dans les batteries, pu de sons et pu d’images: nobody home.

Il me reste 220 kms à faire dans ce foutu brevet, je me demande comment je vais y arriver, car à ce rythme-là je roulerai seul, et je risque de manquer les fenêtres de contrôles pour les temps impartis au brevet, ou bedon je vais juste mourir au combat, point à la ligne.

Cette femme incroyablement déterminée et mauditement capable de l’impossible; elle existe, oui, c’est Marie. Ma copine me regarde droit dans les yeux et me dit:

« Tu m’as tiré pendant plus d’un an et demi dans toutes sortes de circonstances où je voulais lâcher, ben là c’est à mon tour de venir t’aider mon chum. Ce brevet-là on va le faire à ton rythme et on va le finir et le réussir ensemble »

Ouf… Vous les coaches d’équipes de hockey faisant face à l’élimination en finale de coupe Stanley… Vous en voulez un speech de même dans le vestiaire pour booster vos troupes!

Marie me l’a fait tout du long ce speech de motivation: sincère, attentionnée et prête à tout pour moi, vraiment tout. Cette femme à délaissé le peloton au km 90 me sachant incapable de le suivre cette fois. Marie savait qu’en faisant cela elle perdait cette protection du vent si précieuse durant une longue distance.

Bien sûr, dans les montées nombreuses du brevet de 300, c’est chacun pour soi pendant l’ascension, mais c’est aussi le retour du pack sur le plat et le jeu des relais pour que les plus forts (et plus fortes) se reposent et donnent une chance à tout un chacun de poursuivre l’épreuve.

Elle a laissé tout ça, en devinant fort bien qu’elle s’enlignait pour venir me protéger moi! Pendant 220 kms à me protéger du vent toute seule, à compléter ces longs kilomètres pour réussir le brevet juste nous deux dans le jour et dans la nuit. Et croyez-moi, cette ride est costaude; il y a tout ce qu’il faut le long du parcours pour mettre à l’épreuve votre force de caractère.

Marie, ma blonde… MC, comme on t’appelle tous… Je savais déjà que nous étions et serons toujours là l’un pour l’autre. Tu m’as donné espoir, courage et envie de ne pas abandonner ce brevet si important pour notre participation au Paris-Brest-Paris.

Tu m’as démontré encore une fois que tu étais une VRAIE, celle faite de ce moule que l’on ne trouve plus qu’en de très rares occasions. Le moule de la compassion, de la détermination et de l’entraide pure: no matter what!

Merci Marie, pour tout, je t’aime

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