PBP 2015 – chronique du jour 16 (orange mécanique)

Le famous Lake Ontario Loop de 1,000 km – aka LOL

Chaque année, le temps d’un congé douteux de l’asile, nos amis(es) internés du club Randonneurs Ontario organisent un brevet de 1,012 km avec quelque 4,800 m de dénivelé.

On y répertorie habituellement 4-5 courageux(ses) qui essaient cette folie. Cette année, la date officielle du brevet LOL (1er août) ne concordait pas avec nos préparatifs du Paris-Brest-Paris. Alors Marie et moi on a décidé de le faire now (une semaine avant le vrai), seuls tous les deux, sur l’honneur, avec les mêmes points de contrôles du vrai LOL et le même tracé officiel.

C’est quoi ce LOL ?

Comme au cirque, nos joyeux drilles nous font faire le tour complet du lac Ontario sous un chrono max alloué de 75 heures.

lolmap
oh boy…

Les bouffons de piste, dont Marie et moi sommes membres, doivent minuter leur numéro en 13 contrôles et deux dodos: genre dans le pas trop long. Question de maintenir leur public assis sur le bout de leurs bancs, le visage crispé d’angoisse.

Nous y traverserons gaiement les douanes 2 fois; question de se vanter d’avoir commis le tout ‘across Canada and the States‘! Quand même, on se demande si un week-end piscine-bbq-cooler ne serait pas un meilleur usage de notre passage sur terre!

En zyeutant le parcours vite de même, ça à l’air pénard ce truc… Moins de dénivelé que le gros 600 de Lac-Mégantic, et on se laisse séduire par l’attrait bucolique de longer les acres de vignes sur les flancs du lac géant, de humer les vergers gorgés de pêches, de se pâmer devant les cossus domaines des Thousand Islands de Gananoque et de Niagara Parkway, de sentir les chaudes Sand Banks et d’entendre gronder les non moins célèbres chutes Niagara; que je n’avais jamais vu d’ailleurs.

Oui, oui, on passe dans le dedans de tous ces jolis attraits, sauf qu’au bout du compte, le party à ti-mille s’en donne à coeur joie sur le plan de tester ton ‘mental‘. Oui, oui… c’est à toi que je parle mon breveteux des ultras distances 🙂

Avant de lire le reste, je vous balance 2-3 indices sur comment s’est passé notre périple, à MC et moi.

« rajoute du spray-net dans mon brushing! »
« lance pas ta grenade dans le bike path! »
« mon sherpa s’est poussé au Dunkin Donuts! »

Ils furent inspirés c’est sûr au Club Randonneurs Ontario… LOL, c’est certain qu’il y a de quoi rire, car ce fut toute une aventure. Je vais leur proposer d’ailleurs un autre jeu de mots pour le LOL à ti-mille, comme tsé genre, dude… yo ton LOL c’est plutôt:

« Let’s go Over your freakin’ Limits! »

Bon, ça fait du bien.

Mais dis donc, c’est pourquoi qu’on se la LOL la face Marie et moi à même pas 20 jours de notre départ pour Paris-Brest-Paris? L’Audax Club Parisien a pourtant dûment estampé nos brevets de qualification de 200 km, 300 km, 400 km et 600 km – non?

ben oui je caviarde ma signature!

Nos entraînements 2015 furent intenses et réguliers, qu’on se disait… hein?

C’est vrai tout ça, mais Marie et moi on voulait tester notre mental au-delà de nos records à vie de longue distance en mode brevet, question de voir comment on réagirait. En espérant être encore un couple après ça!

On avait franchement le goût de le savoir avant de clipper au vélodrome national en France avec 6,000 déluré(es) prêts à affronter 1,230 km en 90h et 10,000 m de dénivelé.

Vélodrome National de Saint-Quentin-en-Yvelines

Ok alors… clip-on Gananoque Ontario, 23 juillet 5am – km zéro

3 heures de char + 1 heure de pit-stop souper après une journée normale de boulot pour conclure avec 5 heures de sommeil planifiées au pas trop paisible motel Gateway (notre excitant point de départ) où nos voisins de chambres décidèrent de tester la puissance maximale de la TV à 2 am…

Arghhhhh!!!!! Mon talon d’Achille à moi, le manque de sommeil ! Les hostilités du LOL étaient officiellement lancées; ayant dormis finalement 3 heures sur les 5 prévues, avant de partir cette folie en pleine noirceur.

Rajoute du spray net dans mon brushing!

Nous avions entendu dire que le LOL était ben maudit à cause des vents dominants d’ouest et la quasi-absence de protection contre la fureur d’Éole tout le long du tracé. Car il s’agit du big mamma Ontario Lake là… eeeee, on me confirme à la régie qui vente en si-vous-plaît dans le secteur!

Après quelques kms, que l’on bouffe toujours un peu trop vite malgré notre plus grande expérience des ultra-distances, je vois sur la droite de l’accotement un signe bizarre. À la vitesse qu’on roulait (pis il faisait encore noir), le bidule m’a semblé ressembler à une espèce de logo bâclé de pile solaire… Je me suis dit, il y a des champs de panneaux solaires dans le coin… mettons, même si moi j’aurais plutôt planté des éoliennes…, et je suis passé à un autre appel.

30 kms plus loin encore la même foutue pancarte, et j’entends ma blonde qui me cris en arrière:

« ohhhhh papi… une traverse de whoussshhhhhhh eeeeeee! »

Beaucoup de vent dans la face depuis une heure que je mouline déjà comme un dingue pour rester dans le rythme, tu parles que je réponds à MC: « de quessé?, je n’entends rien! »

traverse de whoussshhhhhhh eeeeeee aux Thousand Islands

Pis j’en vois 2, pis 3, pis 4, pis 5 de ces anomalies routières. Et on t’en pédale un brin depuis le départ avec un vent de face plein ouest d’au minimum 20 km/h. BINGO, j’allume… des traverses de tortues toi Simonne ! Oh le LOL du Club Randonneurs me parle là… les tortues c’est MC et moi sur nos montures, parce que notre vitesse moyenne baisse sensiblement d’heure en heure avec ce bazouèle de vent de front qui ne nous lâche pas le ponpon.

Signe de l’univers que je me dirai 24 heures plus tard, exténués déjà que nous sommes de nos premiers 250 kms sous forts vents sans aucun répit. Turtles on bikes from Montreal, c’était nous autres ça!

Au jour 1

Nous ne nous doutions pas encore que ce $%?&*&%$@!!! de vent de face d’ouest de nom de Dieu de bordel, resterait fidèle au poste; oscillant entre 20 et 30 km/h steady full west pendant les premiers 500 kms de notre LOL de joie de tracé de mongols. Données historiques d’Environnement Canada à l’appui une fois de retour de notre party 4 jours plus tard.

Nos 2 premiers jours de bitume sur le LOL nous brisèrent les jambes et nous consommèrent sérieusement le moral au détour.

notre mental à l’épreuve – oh que oui…

Depuis 2 ans que je fais ces extravagances avec ma douce folle. Il y a cette drôle de bulle intemporelle qui s’installe toujours autour de nous deux après une centaine de kms; telle une capsule martienne nous transportant aux confins d’une galaxie inconnue.

On ne parle presque pas, rivés sur la route et l’effort, criant parfois des alertes de crevasses et trous mesquins quand nos mains soudées aux guidons ne peuvent se permettre les habituels signes cyclistes pour l’arrière du peloton.

On s’approche de la grande méditation, ne pensant littéralement à rien; j’aime cet état d’abnégation totale me ramenant à ma plus simple expression de modeste mortel. Ouin…, mes démons internes ont vite repris du service, et au jour 2 je me suis mis à angoisser copieusement.

« mais comment bâtard on va réussir plus dingue encore au Paris-Brest-Paris? – Y a du vent en Bretagne aussi! »

Marie se posait les mêmes questions; on se partagera plus tard ces confidences elle et moi le temps d’un arrêt pipi en pleine nuit au milieu de nulle part…

ils scannent la nuit – vont essayer de nous kidnapper, les martiens…

Avec le recul on s’est recentré, en amoureux, sur pourquoi on faisait cela… Et justement, mission en cours d’accomplissement, on testait solide notre force psychologique en de telles épreuves; c’est ce qu’on voulait, c’est ce qui nous arrivait.

Leçon #1

On s’est vite remémoré que nous n’étions que 2 à clencher le vent et les dénivelés. Nos relais à la proue étant mauditement trop fréquents!

On s’est remis en tête tous ces superbes témoignages de vétérans du PBP qui nous rappellent qu’avec 6,000 forcené(es) sur le tracé, tu as toujours un peloton disponible pour te drafter et te donner de précieux moments de repos. Hummmmm, notre LOL là nous le jouait à la dure… mais ces pensées nous réconfortèrent, un peu plus pour moi que pour ma dulcinée j’avoue. Une chance, nos épisodes de découragement arrivaient rarement synchro, ouf…

Lance pas ta grenade dans le bike path!

C’est sérieusement long un brevet de 1,000 kms… Déjà que le vent nous amochait le mental 24/7, on se demandait bien qu’est-ce qui pourrait bien se produire de pire?

Les oranges ne sont pas juste dans les arbres fruitiers le long du Lac Ontario qu’on s’aperçut.

bâtard… ils le font exprès ou quoi !?

Au km 227 environ, en rentrant tranquillement dans la gargantuesque banlieue de Toronto, la  palette de couleur full asphalte/béton gris noir commença à nous flasher du orange big time!

Routes en réfection par dizaine, mais fiou…, tapissées de garnottes ou de sable tapé. Pas assez pour nous faire descendre de nos bikes, mais solide facteur de ralentissement de notre cadence déjà pas forte d’avance. On perdit des minutes pour commencer, puis des dizaines de minutes à sillonner ces tites surprises non répertoriées par nos amis de tracé du LOL; nos bécykes vibrant dans la poussière et les roches… beding – bedang…

Un moment donné, on se bute sur une énième orange de route; ça travaille fort parce qu’on est vendredi. Grosse pépine qui fouille dans le sol… de notre chemin ben sûr! Plusieurs hommes bronzés noirs qui nous zyeutent bizarre comme s’ils venaient de voir John F. Kennedy débarquer de sa limousine blindée. On est crasse Marie et moi par boutte… on commence a en avoir notre payloader ben plein de cette acné d’asphalte trouée.

Ça fait que c’est MC qui se pointe au chantier pour négocier nos passages à partir de maintenant.

« we can’t let you go through guys, the road is c.l.o.s.e.d. »

Marie la suave…, mais ferme et déterminée…

« guys…, please… we’re doing a thousand km and this is the only road we have on our gps route, we don’t know f… all any other way around… please… »

Wow! Moi je suis un peu en arrière, pour ne pas altérer le charme de ma belle. Après 5 minutes de pourparlers avec MC, je ne vois-tu pas la grosse baquaise de grue commencer à reculer! Ses chenilles tournant dans un boucan de la mort avec ce métal contre métal rouillé frottant le bitume. Une ouverture se crée devant nos ti quenoeils émerveillés!

MC pulled it off again!

Une autre run dans la gravelle, mais oh combien mieux que de se taper un détour God knows where qui nous ramonera une fois de plus moral et chrono sur notre planif de contrôles.

Gros high-5 plus loin sur le tracé LOLien… j’adore ma copine, elle est forte, drôle, et maudit que je l’aime. On a un regain d’énergie, rien ne nous arrête, on va l’avoir ti-mille qu’on se promet et on se note aussi d’avertir le club Randonneurs Ontario à notre retour sur les nombreux road hazards de notre chemin de croix afin que les rouleurs du vrai brevet dans 2 semaines ne se tapent pas cette merde.

Brampton – Toronto – km 374

Fait chaud en yable dans la banlieue de Toronto, presque pas de verdure, des boulevards larges comme la transcanadienne; super couloir d’accélération pour notre chum le vent devenu sud/ouest (encore pire là où on est) qui nous en mets plein la gueule. On se tape ce segment du brevet long de quelque 180 kms dans l’affreuseté totale, exit les beautés du lac Ontario (qui est royalement loin au sud en ce moment).

uggly son of a gun…

Oups… on pogne de quoi de nouveau là… Stop, on déclip, on débarque de nos bécanes… MC et moi ahuris, incrédules, on s’avance parce qu’on veut être certain de ce qu’on voit devant ce qui est supposé être notre route du LOL chargé dans nos GPS…

roadclosed
what the hell !?

On s’entend-tu que celui-là, même avec la puissance de conviction de ma blonde… on passe juste pas au travers de ce cratère géant ! Et pour tout dire… dans le milieu de l’image où il y a des petits poteaux blancs bien droits… ça doit faire un bon 50 pieds plus creux dans le sol!

« Welcome to Beyrouth folks – sorry a grenade was thrown on the road yesterday ! »

À ce moment précis, Marie me regarde, il y a des larmes au coin de ses yeux… Je ne suis pas loin aussi de lui donner le même portrait… On le sait, on le sent dans tous nos corps et âmes; on vient de se joindre à une nouvelle catérogie des incohérences du tracé du LOL…, c’est-à-dire: freakin’ detours now buddies!

Ce ne seront plus des dizaines de minutes que nous perdrons à partir de ce point de non-retour, ce seront des heures, oh que oui. Marie, notre navigatrice est chef me demande mon cell, Google Maps it is pour nous trouver une alternative afin de retrouver plus loin notre tracé LOL pour reprendre la cadence. Ces arrêts interminables tue un(e) breveteux(se) je vous en passe un papier…

Marie-Claude nous concocte un chemin, parce que pour ceux et celles qui se demandent déjà: ‘ben pourquoi vous prenez juste pas les indications de détour de la voirie?‘. Ahhhhhh, quelle bonne question!

C’est parce que ces détours sont pour les chars et majoritairement, on se ramasse sur une mega autoroute (genre la 20 chez nous) pour contourner le chantier. Pis mega autoroute et cyclistes égal danger de mort ou de ticket de la police, les deux tout aussi attirants.

Le mental, le mental qui nous dirait notre pote Pascal Philippe… Tellement, que je te répondrais mon homme ! On repart, MC a trouvé. Croyez-le ou non…, des chantiers comme ça full détours sans appels possibles ni diplomatie avec les hommes des travaux publics, on en frappa 5! Cinq bordels de cratères d’explosion non sollicités de Kandahar de pas possible de rouler de même un mille – grrrr ! Au final, j’ai perdu le fil sur combien nous ont coûté ces petites bombes, mais au bas mot, je pense qu’il n’est pas exagéré d’estimer notre retard accumulé en heures à partir du 5e canyon. Nous n’étions plus en dizaines de minutes pour sûr…

Leçon #2

Les détours à plus finir et les routes semi-fermées en gravelle et sables nous descendirent un peu plus profond vers les enfers de la minuterie de brevet: inéluctable, impitoyable chrono.

À cette période de notre périple, les impacts n’étaient plus légers, car il faut savoir que sur ce parcours, les dodos et réservations de motels sont faits plusieurs jours à l’avance et selon nos estimés d’heures de passage selon notre expérience de brevet.

Plusieurs segments du tracé sont aussi envahis ce temps-ci de l’année par les vacanciers et en bonus les jeux panaméricains dont l’hôte était Toronto et les environs. Beaucoup de no vacancy finalement… D’autres portions du LOL sont juste plain dead with no services at all !

Maudit qu’on fut découragés, mais vraiment fort… parce qu’on a dû annuler nos réservations et trouver d’autres chambres de libres parce que nos temps de passage ne matchaient plus pantoute l’horaire planifié – grrrrrrrr!

where the f… are we… !?

Mais, encore une fois, MC et moi on s’est rappelé une bonne chose au sujet de notre Paris-Brest-Paris à venir… Le parcours est fléché comme l’Audax se plaît à le dire. Ce qui veut dire que notre GPS est allumé oui, mais la route est clean, balisée, remplie de citoyens qui nous encouragent et nourrissent au passage et les motards des services de sécurité s’assurent du bon déroulement de l’évènement.

On s’entend-tu que ça n’a r.i.e.n. à voir avec ce que mon amoureuse et moi on vient de subir sur le LOL?

Yes, on continue… le km 540 et les chutes majestueuses arrivent!

Mon sherpa s’est poussé au Dunkin Donuts!

Ça vous est déjà arrivé ce sentiment de ‘ma souffrance achève bientôt – je m’accroche à des petites étapes, des mini victoires‘?

Ma folle de route et moi-même on était proche de l’état de transe à l’idée de bientôt tourner gros sud, vers le bas du Lac Ontario pour ensuite virer sans équivoque à tribord vers l’est… mmmmm l’est et Niagara Falls…

Vous devenez la suite? Le méchant d’ouest, toujours en service ininterrompu day & night depuis le km zéro, ben on va l’avoir dans le dos ce foutu 25 à 30 km/h ! Ah oui, j’oubliais, il avait gagné en force le sacripant ces dernières heures.

Marie me jette des ‘je t’aime‘ au travers du souffle chaud sur nos faces… c’est bon ! Comme un ultime km de marathon, j’imagine… enwouèwe eule’gros, donne tout ce que tu as, ton calvaire achève! Je sais déjà très exactement à quel endroit on prend plein EST jusqu’à la fin du LOL; c’est le km 468,3 à Stoney Creek.

my dear and lovely friend the EAST !

Enfin seigneur dieu, on tourne vers l’est, c’est fou comment on ressent la puissance de la draft qui nous pousse maintenant dans le dos – c’est de la jouissance au cube! Et là…, 200 mètres à peine de parcourus dans notre nouveau nirvana du repos mauditement mérité…

« N.O.N. ! »

Il s’appelle New Mountain Road, ok ? Retenez cela si jamais il vous vient l’envie de tester une montée, un mur, une escalade de 22,1 %yes, that’s what it is my friend. J’ai franchement envie de vomir drette-là, chargé de 8 livres mode brevet en arrière, le vent d’ouest ne m’aide pas pantoute sur cette connerie… qui nous aplati pendant 2 km mon doux… 😦

Je suis à boutte de toute ! Je lâche un cri de mort en plein millieu du truc, au diable les voisins (s’il y en a). Non, mais, qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour se farcir autant de souffrance !?

Pour la première fois que je roule des longues distances avec forts dénivelés, j’ai senti ma roue avant qui voulait quitter le sol tellement la pente était à pic. Peux pas monter ces idioties en danseuse, en tout cas pas moi, je ne sais même pas si ça se fait sans danger. On a serré les dents comme dit Marc, pis on l’a monté cette damnée New Mountain Road.

La suite, délivrance totale, on roulait à 35-38 km/h sur le plat ou faux plat… pas de différence. Éole nous transportait littéralement; nous ramenant tranquillement le sourire dans la face. Nos coeurs devenaient un ti-peu plus joyeux malgré l’énorme retard que nous avions maintenant au compteur pour le reste de la ride.

Nous devions finir le tout en 75 heures et pour dimanche matin 8 am. Calcul rapide de ma part, on s’enlignait davantage pour un fil d’arrivée en pleine nuit de dimanche à lundi… eeeeeeee, on travaille tous les 2 lundi matin… à Montréal, pas en Ontario !

Mais pourquoi gâcher notre joie du moment? Marie me confiera plus loin qu’elle avait l’impression de flotter sur la route vers l’est quand on draftait du 35-38 km/h… grisant tout ça, on ne l’avait pas volé non plus. Niagara Falls approchait et je me réjouissais à l’avance de les humer, de les voir ces torrents d’eau, puisque mon enfance ne m’avait pas permis de les visiter: jamais.

Niagara… mon coeur d’enfant s’emballe

Let’s go faut repartir, il nous reste 172 km à faire avant le prochain dodo au km 732 à Rochester. Nous savons que nous roulerons en pleine nuit jusqu’aux petites heures du matin – courage…

Pouf, mon Garmin (GPS) rends l’âme… pas la batterie, ben non, il est constamment alimenté par notre roue dynamo, pas de souci de jus. Juste deux X dans les yeux, plus de sons plus d’images, ‘he’s dead Jim‘ ! Je reset le machin en espérant que je ne perdrai pas ma ride enregistrée depuis 2 jours et demi de calvaire.

Bin quin ! Non seulement ma ride et toutes mes stats sont ‘gone with the wind‘, le tracé du LOL est zappé de la mémoire de mon GPS !? Shit… je me fous de perdre mes stats, car je sais que j’ai fait le LOL, mais pas de foutu tracé, zéro navigation… c’est la dèche garantie.

Une chance Marie a le même gizmo que moi, on a tout en double mesdames et messieurs… expérience de brevet oblige 🙂 On poursuivra alors notre route sans mon Sherpa, juste avec une navigatrice; la meilleure… ma blonde.

goodbye sherpa – may you rest in peace…

Ça roule aux toasts, on te bouffe du millage d’aplomb avec le vent de dos de plus en plus fort (on a du 30 km/h pour l’instant).

Le moral s’améliore, toutefois la perspective de rouler de nuit sous un train de fatigue nous inquiète au plus haut point. On mouline, MC me réconforte, je prends le relais quand elle flanche… Je flanche à nouveau, proche des larmes; elle me berce de ses mots doux sur la route.

‘on va y arriver mon papi d’amour’ qu’elle me dit… Tellement !

Le dénivelé de ce segment est atroce… comme si quelqu’un aux Randonneurs Ontario s’était dit: ‘ben là… y ont le vent dans le dos, on va pas laisser ça de mingue!‘. Certain que ça n’est pas resté de même! La nuit venue, la route vers Rochester est devenue laide, fissurée, jonchée de crevasses profondes. Nos phares éclairent comme des chars, c’est ben l’fun, mais on roule définitivement moins vite dans ces conditions. Il est quoi?… 3 heures du matin? On roule depuis la veille 7 am genre…?

C’est dur, très dur… tout d’un coup j’entends un cri de mort qui me glace le sang ! C’est la voix de ma Marie, en arrière, une décharge électrique me descend le système nerveux de la nuque au bas des fesses. J’ai les mains qui s’activent d’instinct sur les freins, je sais d’expérience qu’aucun geste brusque ne sera une bonne idée. Je me retourne, Marie me dit:

« scuse… pu capable… faut que ça sorte…! »

Ouf…, je croyais que MC avait un ours à ses trousses… parce que ça peut tellement arriver dans ce bled perdu de parc national de Braddock Bay Fish and Wildlife… Ma blonde est safe, juste finie, à boutte, toastée, crevée, vannée.

Elle en lancera plusieurs de ces cris jusqu’à notre arrivée au motel Dennonville Inn de Webster à 5h 10 am dimanche. J’étais trop fatigué pour prendre une photo, mais l’esprit est là dans l’image plus bas… Le plus laid et crappy de nos motels de brevet à date… mais surtout le plussssssse bienvenue pour Marie et moi au km 755 du super scarry LOL.

abandoned-motel_web
non ce n’est pas le Dennonville – mais c’était ça qui était ça !

Avant d’aller au lit dans le Dennonville heaven…, mon amoureuse et moi on savait que le LOL avait assez ri de nous. Terminato, finished, done deal for now. On se loua un beau ti SUV pour ramener nos bikes à Gananoque du km zéro et on se paya un maudit bon souper de pasta downtown… avec une bière pour moi 🙂

Leçon #3

Nous voulions tester nos limites pour nous préparer mentalement pour le Paris-Brest-Paris. Même si nous étions amers de ne pas compléter le 1,000 à ti-mille, car nous serions arrivés lundi à Montréal, nous étions fiers de nous deux d’avoir affronté toutes ces épreuves pendant 3 jours et 755 kms.

Je n’oublierai jamais le plus essentiel, le plus fort de tout ce qui surpasse les entraînements, les équipements fins prêts et l’expérience de route…

Le plus important, ma plus grande leçon… faire ces choses avec la femme de ta vie est un sacré privilège que peu ont la chance de vivre. Accomplir l’impossible avec celle qui te tient dans ses bras quand tu tombes donne des ailes. Lui rendre la pareille quand elle est au bord du breakdown elle aussi lui donne l’envie d’aller jusqu’au bout…

Marie… nous sommes ready pour le Paris-Brest-Paris mon amour – together we stand – divided we fall – je t’aime xxx

together we stand – divided we fall
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