C’est pas le Pérou – tellement!

La route de terre nous plonge dans un brouillard brun beige. Je me demande comment notre chauffeur arrive à filer à 70 km/h le long des magnifiques cols de la cordillère des Andes. La poussière des bus touristiques en convois sur cette route de cowboys anéantit la visibilité à sérieusement pas grand-chose. J’ai presque envie par moment, lors de virages très serrés (lire à 180 degrés sur même pas 100 mètres), d’apposer deux doigts de ma main droite sur la vignette de madone tout près du rétroviseur de notre minivan.

Culture catholique importée par les envahissants conquistadors espagnols et spiritualité inca sont encore au coeur de leur rituel quotidien. Nos amis péruviens célèbrent solide et lancent feux d’artifice et pétards matin et soir; sans compter les cérémonies de processions à la tombée du jour.

Comme tous les chauffeurs péruviens, Marie-Claude m’a fait remarquer il y a plusieurs jours que ces derniers honorent la vierge ainsi systématiquement avant de prendre la route. Maudit que je les comprends, ils conduisent comme des possédés sur le matte de coca. À pied c’est pareil…, un fort pourcentage de la population se signent rapidement du sacro-saint geste cruciforme lorsqu’ils marchent devant une église.

Notre périple nous amène de plus en plus vers le sud; la frontière avec la Bolivie est si proche déjà. Ce matin, comme tous les autres d’ailleurs, lever de nos carcasses vers 5h 30 ~ 6h, car les seigneurs des Andes ne nous attendront pas si nous les rejoignons dépassé 11h. Les condors… les seuls que je connais proviennent de mon enfance à lire et relire Tintin et le temple du soleil.

Nous bourlinguons nos valises et nos visites depuis 4 jours entre 3 800 et 4 910 mètres d’altitude. La poussière tombe, la route redevient pavée, mais toujours aussi accentuée, tortueuse, et la plupart du temps sans rempart entre les délurés de la route et le vide des montagnes. L’oxygène se fait rare, nos pas se font plus lentement… mettons.

Sur le bord du chemin, j’ai été surpris par ma première petite maisonnette en marge de l’accotement: colorée, souvent fleurie, avec une croix blanche sur son toit… Le mausolée se situe comme par hasard dans un de ses virages abrupts où voitures, autocar géants bourrés au minimum d’une trentaine de touristes et trains routiers transportant les richesses naturelles du Pérou vers la ‘civilisation‘ se disputent une place sur l’asphalte, au lieu de finir sans appel, R.I.P. dans un ravin 1 200 mètres plus bas.

Une maisonnette, deux, trois, quatre… tiens donc… en v’là une avec trois croix blanches immaculées; une famille a péri ici…? Ouf, après 20 j’ai arrêté de compter ces rappels humbles, mais puissants par dizaines et dizaines le long de la cordillère et ses canyons ahurissants.

4 200 mètres d’altitude… Nous quittons notre fourgonnette, nous les 4 gringos choyés à mort grâce au travail de Jean-Louis et Lucille, les parents de ma douce folle Marie.

Car voyager comme nous le faisons, sans contrainte de groupes de 30 et plus; stressés par des horaires de dingues entassés dans ces mastodontes d’acier, faisant la file partout où ils vont, nous ne connaissons pas… Notre chauffeur nous transporte avec notre guide Wilson, qu’il se nomme. On est autonomes rares, libres comme pas un dans notre minivan pour traverser le Pérou du nord au sud jusqu’en Amazonie.

On prend tout notre temps pour gambader sur l’Altiplano avec les lamas, les alpagas et les vigognes. À chaque cliché, je me demande; qui, de Marie-Claude ou moi se fera cracher dessus le premier!

On se paie même des descentes en snowboard dans les dunes de sable  après une ride complètement démente de plus d’une heure en dune buggy. Hum, pas faisable dans un trip d’autocar à 30 gringos…

Notre chauffeur enfile une clé USB dans le ‘dash‘ avec ses hits à lui, toujours cool, toujours dépaysant big time… Je me réconcilie avec la flûte de pan; Zamphir me donne la nausée dans ses arrangements rose bonbon americanos dans nos ascenseurs au Québec. Mais là… avec les chants péruviens, les tambours, la mandoline… ouf, rien à voir.

Parfois il syntonise les postes de radio du coin (quand on pogne de quoi à 4 500 m dans les nuages); on y écoute les nouvelles locales, les derniers scandales de la campagne présidentielle 2016.

Nous marchons le long du précipice, il y a une centaine de touristes Kodak en stand-by, guettant le moindre signe d’arrivée des Capitans des Andes. Wilson nous rappelle que l’envergure de leurs ailes peut faire 3 mètres, qu’ils vivent près de 80 ans et qu’ils planent à plus 5 000 mètres d’altitude…. royaume du début de la neige éternelle.

Ils arrivent! Bâtinsse, ils sont géants! Ça crépite de clichés par milliers c’est sûr. Ça joue du coude un peu au début du bal des condors, mais vite vite Marie avec ses yeux de lynx nous localise ‘ze‘ spot pour observer ces oiseaux hors du commun dans tout ce qu’ils ont de majestueux.

Par dizaine, ils planeront dans un silence total. Je suis émerveillé et sans mots. Marie-Claude et moi on s’embrasse, entre deux runs de shooting kid kodak sur la coke. MC en saisira un de proche; regard perçant, stature de seigneur veillant sur son royaume, rien ne semble pouvoir le vaincre… rien.

Vamos! On repars vers Puno et le lac Titikaka: genre le lac Champlain, mais à 3 800 m au-dessus du niveau de la mer…

Ensuite ce sera le Machu Picchu, le big mamma Wana Pichu et l’humide et mystérieuse Amazonie avec son peuple immunisé contre tout, la peau basanée et solide comme du cuir, le regard parfois sévère et fier.

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