PBP 2015 – chronique du jour 10 (la p’tite vie)

Des régiments de papillons nous grouillent dans le bedon à même pas 10 jours du grand départ; rivés que nous sommes sur nos écrans chargés d’internet. C’est que Marie-Claude et moi nous nous étourdissons des meilleures façons de se préparer pour l’increvable Paris-Brest-Paris.

tic-tac, tic-tac…

Le laptop de MC chavire timidement su’le côté depuis des mois sous le poids de ses 3,000 onglets ouverts en permanence sur le sujet! Pour notre plus grand bonheur quand même, parce que la culture randonneurs encourage les récits de leçons apprises; d’odyssées humaines exceptionnelles.

y m’en reste juste 800 km à faire… pas si pire…

C’est assommant par bout j’avoue. Fais ceci, ne fais pas ça, moi je l’ai fait de même, l’autre autrement. On en vient dingo à la longue…

Notre couple infernal de la bécane se fait brutaliser quelque peu au passage; l’humain ayant naturellement tendance à glorifier la performance sous des avalanches de chiffres bien avant d’autres perspectives. Nous, ça nous parle moins, les suites de 1,2,3.

un km, deux km, trois km… mmmm… maudit que c’est beau dans le secteur !

Témoignages poignants d’histoires d’accomplissements personnels, oui, mais frénésie de médailles d’aplombs aussi. Qu’elles soient réelles ou virtuelles, enflées par les Stravas de ce monde nous soûlant de stats, de trophées et de qui pisse plus loin que l’autre sur le segment untel du défi machin.

On se fait pogner de temps en temps Marie et moi, dans ce qui devient parfois un piège à con.

nahhhh nahhhh, mon père est plus fort que le tiens… 😛

Break… on se rappelle notre question fétiche:

« pourquoi on fait cela? »

Et on ressort pronto des griffes du monstre. Essentielle leçon pour moi, après 3 ans d’entraînement hors normes; n’oublie pas pourquoi tu fais ce truc de dingue…

  • pour faire partie de l’élite, être au palmarès de performances locales, nationales?
    nope
  • par défi personnel, dépassement de soi?
    ya!
  • en soif de reconnaissance sociale de tes exploits?
    niet
  • pour le trip d’aventures inusitées en couple, l’entraide dans l’adversité?
    certain!
  • c’est la remise en forme, vivre ta vie ici maintenant?
    oh que oui!
  • changement de carrière? eh eh…
    je vais me garder une tite gêne là…

Ouin… la réponse à la question qui tue peut vous lacérer le dos… je le sais. Ça prend du temps, mais le sawouère te garde sain d’esprit dans ce tourbillon des sports extrêmes. Sinon, tu risques de faire ces conneries au profit de quelqu’un d’autre que toi, et pour les mauvaises raisons.

Programme ultra sophistiqué militaro-bio-mécanique qui te mesure, te jauge, et régimentent 24h sur 24 ce tu fais, mange et respire.

Certains s’écorchent un peu la santé au passage, d’autres ont ce qu’il faut pour soutenir ce chemin de croix. J’en connais deux ou trois qui semblent avoir le stamina de l’Olympien en puissance. Je vous lève ma clip de bike les gringos, ouf…

La ‘business‘ du cyclo a allumé sur cette drogue de la performance, de la reconnaissance des accomplissements médiatisés sur les réseaux sociaux et des offres ‘créatives‘ de mise en forme.

« Je cours dans un genre de jupe soufflée de ché pas quoi sur un tapis roulant à la clinique xyz… on dirait que je suis en apesanteur pendant qu’on me scanne les jambes inside out! »

Entendu sur un training de 200 km juste après la Covey Hill en croisant 3 cyclistes qui y exécutaient un 76 km. Marie et moi avions l’air de robineux avec notre matos de brevet devant l’autre bout du spectre à vélo full gearés sur des Pinarellos à 10,000$ chaque et habillés top palette de couleur bike/biker.

y sortent de où ces touristes là avec leur matos de Gypsy Kings!?

Ils étaient super cools et sympas, mais semblaient royalement se demander en combien de jours on roulait un 200 amanchés de même, nos bikes plein de tie wraps, de sacoche loadées pour l’entraînement sous charge et nos roues dynamo avec les lumières, en plein jour…!?

« vos gants de bike sont trop pesant monsieur, faut changer ça pour la dernière innovation en peau de fesse de dauphins… on va sauver 4 micros grammes sur votre payload général »

« ahhh, merci… j’me disais aussi que je n’étais pas à mon top sur les montées de 18% et +. Ça m’a fait perdre mon King of the Mountain sur Strava hier! – et ben dites donc…, Flipper avait des fesses? »

lachez-moi avec vos gants !

À l’autre bout du département, caché en arrière du stand à limonade, nous dénichons le ‘stay cool brother‘. Le bougre qui t’avale 10 milles kilomètres sur route par année avec un vélo qui pèse 3 Pinarellos, qui mange quasi n’importe quoi trouvé en chemin durant un brevet, et qui pousse même l’audace de prendre une bière au contrôle du km 400 alors qu’il se farcit une épreuve de 600 km non-stop sans dodo. Brevet de l’Audax qu’il réussira dans un chrono mauditement respectable.

Mister David, you got all my respect!

enwouèwe Raymond… il–est–des–noooooôtres–euuuuhhh !

On recueille notre lot de conseils de vétérans locaux de cette légende qu’est le PBP ; l’un l’ayant réussit une fois, deux fois, l’autre l’ayant abandonné dans d’atroces souffrances physiques, mais récidivant avec courage 8 ans plus tard.

« … moi je trinque au vino avec les potes du Canada la veille du grand départ… hic…!»

« .. fais ton Gatorade maison avec du pipi de chèvre du mont Ventoux… the best! »

« … frotte tes pneus avec un vieux chamois beurré par Eddie Mercx au Tour de France de 1974! »

Naaaaah, sérieux là…

On roule beaucoup avec ces pros de l’ultra distance. Il y a même Michel, une machine 10 ans plus vieux que moi que j’ai nommé affectueusement gentleman du peloton dès mon 1er brevet avec lui. Par un bon vent de matin, le gars nous a sauvés d’une vilaine chute dans le pack due à mon étourderie d’inexpérience en changement de voie. Un simple coude avancé doucement dans ma bulle pour éviter que mon guidon et le sien nous fassent valser dans les quenouilles. Avec le sourire à part de ça!

Ben cout’donc! Toujours modeste comme 15 le mec, toujours en train de prendre des nouvelles des newbies comme Marie-Claude et moi sur Facebook; empreint de bienveillance sincère. Je l’vois-tu pas quasi 2 ans plus tard témoigner dans le film sur Giuseppe Marinoni!

une maudite tête de cochon ce Giuseppe, mais toute une leçon de vie sur deux roues…

Eeeeeeeeee, je ne savais pas. Michel façonnait déjà l’histoire du cyclisme au Québec pendant que j’écoutais Sol et Gobelet assis devant ma T.V. en noir et blanc… Michel, je te promets de poursuivre ma passion du vélo pour être aussi en forme et radieux que toi à mes 60 ans… tu m’inspires.

On retient quoi alors Marie et moi, de toutes nos sorties de délurés avec ces encyclopédies sur deux roues; en vue de notre Paris-Brest-Paris… hein?

Tous, nous nous engageons dans la même galère, mais chacun de nous colportons des objectifs, des capacités physiques et mentales bien différentes.

J’en suis venu à penser que la seule chose qui compte à un moment donné c’est de trouver sa voie, atteindre l’illumination, découvrir couvercle à sa marmite, fumer la moquette, manger l’oreiller, se taper la cloche, tirer sa crampe, enfin… demain on rase gratis !

Ça aboutit tout naturellement aux 3 commandements du breveteux selon Saint-Yves 🙂

1) Tu découvriras pourquoi tu fais cela
La chouette réponse enlignera tout ce que tu feras dans les 2 prochains commandements.

2) Tu t’entraîneras comme un ou une forcenée un bon 2 ans minimum avant le PBP et tu te farciras le plus d’expérience possible sur route dans des conditions volontairement défavorables.
Get ze body in shape! Pis y a pas de vents dans un gym, y pleut pas, fait pas 6C ou 36C (quoi que…), et tu ne pognes pas de flat dans une classe de spin.

3) Tu trouveras ton mur, ta limite, pétera ta coche, brûlera une cartouche…
Parce qu’une fois qu’on connaît notre frontière, faut travailler le mental beaucoup beaucoup beaucoup pour passer cette douane atroce; à répétition, sans y laisser sa peau de fois en fois.

Tout ça pour ça…

Steak – blé d’Inde – patate !

training de nuit 120 km… on peux-tu échanger un King of the Mountain pour un Queen of the Night !?
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2 réflexions sur “PBP 2015 – chronique du jour 10 (la p’tite vie)

  1. Votre grand jour approche. Je suis certain que vous allez réaliser un autre bel accomplissement. Bon voyage à Paris et j’espère que vous allez avoir du temps pour visiter après votre vélo.

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    1. Merci Johanne! On va tout donner ce qu’on a et on s’est promis d’avoir du fun au travers de cette épreuve majeure. On prend 5 jours ensuite pour flâner dans Paris !!! Ça doit bien faire 25 ans que ne n’y suis pas retourné !

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